En bref:
- Reconnaître ce qui nous appartient et ce qui relève d’autrui est essentiel pour l’équilibre identitaire, selon l’article source Tiny Buddha.
- Dire « je suis désolé » à tort efface la frontière entre soi et l’autre, créant confusion et charge émotionnelle inutile.
- En hypnose thérapeutique, apprendre à distinguer nos propres émotions de celles des autres amène clarté et apaisement.
S’arrêter, le visage du petit garçon tordu de tristesse
La scène : une mère observe son fils se battre avec ses propres émotions. Dans ses yeux, la douleur, un orage intérieur. Pendant des années, elle disait systématiquement « Je suis désolé », tentant ainsi d’absorber la peine, d’amoindrir la tempête. Un réflexe parental, vital parfois. Jusqu’au jour où, les mots coincés en gorge, elle décide de ne plus s’excuser à la place de son enfant.
Changement immédiat : le garçon garde sa tristesse. Elle ne s’allège pas. Mais il reste en lui, relié à ce qui se passe en lui. Son chagrin existe pleinement, sans que sa mère ne le colore de sa propre teinte émotionnelle. La pièce est calme. Quelque chose de nouveau germe.
Dire « je suis désolé » : le brouillage des frontières identitaires
Au quotidien, beaucoup de gens intériorisent le réflexe de s’excuser pour des émotions, des situations ou des états d’esprit qui ne leur appartiennent pas. On s’empare du malaise, on endosse la météo affective de l’autre. « Je suis désolé que tu sois triste. » « Je suis désolé que rien ne marche pour toi. » Parfois, on s’excuse même pour les douleurs du monde.
Ce réflexe n’est pas de la bienveillance. Ni même de l’empathie pure. Il émane d’un flou identitaire.
À force, les frontières entre « soi » et « autrui » se brouillent. L’un ressent, l’autre absorbe. L’un pleure, l’autre retient. Les rôles s’emmêlent. Jusqu’à parfois, ne plus savoir où commence notre « je » et où finit celui de l’autre.
La confusion émotionnelle : une charge invisible
Ce brouillage a des conséquences profondes. Porter la tristesse, la colère ou la frustration de proches, c’est accumuler une charge invisible. L’accumulation d’émotions étrangères crée lourdeur, repli, anxiété diffuse.
On croit, à tort, aider autrui à traverser sa tempête ; en réalité, on ne laisse ni l’autre ni soi accéder à l’expérience authentique et à l’apprentissage de l’émotion.
Pris dans ce cercle, impossible d’explorer ce qui nous appartient vraiment. La tristesse de l’autre ? Son sentiment d’échec ? Sa honte d’être incompris ? Ce n’est pas à nous de les éprouver ou d’en porter la responsabilité.
Pourquoi ce réflexe survient-il ? Des racines relationnelles et éducatives
Notre envie de dire « je suis désolé » partout vient souvent d’un terreau familial, éducatif, parfois culturel. Dans bien des familles, la souffrance d’un membre est vécue comme une responsabilité collective. Un enfant pleure, l’ambiance vacille. Un parent souffre, tout l’entourage marche sur des œufs.
Résultat : certains apprennent à s’excuser de tout, jusque dans leurs tripes. À demander pardon pour leur existence, leur ressenti, leurs succès. Cette forme d’hyper-responsabilité émotionnelle est rarement nommée, mais elle s’immisce partout : couples, amitiés, travail, parentalité.
Savoir ce qui nous appartient : un acte de clarté, pas d’arrogance
À première vue, refuser de s’excuser en écho à la tristesse de l’autre pourrait sembler dur. On n’est pas insensible : on est lucide.
La vraie clarté, c’est refuser de diluer sa propre identité dans celle de l’autre. Oser dire : « Ce que tu ressens, c’est le tien. Je le reconnais, je suis à côté, mais ce n’est pas à moi de le ressentir. »
Cette posture n’exclut ni la compassion ni la présence chaleureuse. Elle refuse simplement le troc malsain de culpabilité. Elle autorise chacun à vivre pleinement ses émotions, sans filtres ni correction imposée.
Hypnose thérapeutique : explorer et rétablir les frontières
En séance, ce brouillage apparaît souvent dès les premiers échanges. On entend : « Je me sens coupable quand l’autre souffre », ou « Je voudrais que tout aille mieux pour ma fille/fils/ami(e). » Parfois même, « Je m’excuse dès que l’ambiance est tendue, même si je n’y suis pour rien. »
Le travail hypnotique consiste à réinstaller des repères internes. Cela passe par plusieurs étapes, adaptées à chacun :
- Identifier — par l’évocation, l’imagination guidée, la régression ou le recadrage — les moments où la confusion surgit.
- Ressentir, concrètement, la différence entre « ce qui m’appartient » et « ce qui appartient à l’autre ».
- Amaigrir la charge émotionnelle liée à ce qui est absorbé inutilement.
- Redonner à l’autre le droit de ressentir (et d’apprendre) de ses propres expériences.
L’hypnose n’efface pas la tendresse ou la générosité. Elle installe des barrières saines, perméables : je vois, j’accueille, mais je ne prends plus ce qui ne me concerne pas. Oser dire « Je te vois » plutôt que « Je suis désolé ».
Exemples cliniques : des résultats concrets
En pratique, j’ai accompagné :
- Des femmes “qui portent tout” dans la famille, étouffées par les charges d’autrui, qui retrouvent le droit de ne plus s’excuser en boucle.
- Des adolescents « trop empathiques », soulagés de ne pas s’identifier à la tristesse de leurs amis.
- Des cadres, saturés d’absorber la frustration collective au travail, qui réapprennent à ne pas porter la météo émotionnelle du service.
Parfois, la simple prise de conscience suffit à alléger. Souvent, quelques séances déverrouillent la mécanique.
Pour les professionnels de l’accompagnement : posture et vigilance
Therapeutes, coachs, hypnos – nous sommes souvent tentés, par notre engagement, d’absorber les affects des personnes qui nous consultent. Cette attitude a un nom : la « résilience par procuration ». Elle est toxique sur le long terme.
La posture juste commence par l’auto-observation. Où sont mes propres frontières ? Pourquoi ai-je envie de prendre, de réparer ? Est-ce pour « sauver » l’autre, ou pour tenir mon propre besoin de sens ?
Les outils de l’hypnose offrent alors une boussole. En réinstallant des repères clairs, ils permettent au praticien de rester présent, d’écouter vraiment, tout en gardant un espace intérieur protégé.
La pratique chez soi : trois pistes immédiates
- Observer sans intervenir : Face à la tristesse d’autrui, se contenter d’un silence ou d’un « Je te comprends ». Ne pas chercher à résoudre ou compenser.
- S’interroger sur ses propres limites : Quand ai-je tendance à m’excuser à tort ? Qu’est-ce que je veux vraiment exprimer ?
- Pratiquer l’auto-hypnose : Se demander, en état de relaxation, « Que ressens-je qui ne m’appartient pas ? À qui appartient ce poids ? »
Ces exercices déposent la base d’un rapport plus sain aux émotions collectives. Ils n’isolent pas : ils permettent à chacun de mieux exister, là où il se tient.
Conclusion ouverte : oser la clarté
Arrêter de s’excuser pour l’émotion de l’autre, ce n’est pas choisir l’indifférence. C’est redonner à chacun un espace où il a droit à son expérience – ni volée, ni effacée, ni chargée par autrui.
L’hypnose éclaire le chemin : reconnaître ce qui nous appartient, restituer ce qui ne nous appartient pas, pour marcher plus léger, plus juste, plus vrai.



