L’histoire de l’hypnose en 8 questions

Jérémy Doyen, Hypnose Orleans
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histoire de l'hypnose

De l’Égypte ancienne aux neurosciences modernes, l’hypnose a traversé les siècles en fascinant guérisseurs, médecins et chercheurs. En 8 questions essentielles, cet article retrace son incroyable évolution et révèle comment cette pratique millénaire est devenue un outil thérapeutique reconnu.

1. Quelles sont les origines lointaines de la pratique de l’hypnose ?

Les sources suggèrent que les origines de l’hypnose remontent à des pratiques anciennes et pré-scientifiques. On peut retracer des états de conscience modifiés associés à la guérison chez les guérisseurs chamaniques, comme en témoignent des peintures rupestres préhistoriques (Lewis-Williams, 2002).

Les Sumériens auraient également décrit des méthodes hypnotiques sur leurs tablettes. En Égypte antique, des bas-reliefs et des papyrus suggèrent l’utilisation de passes et de miroirs pour induire des anesthésies ou des analgésies, notamment dans le culte du dieu-médecin Imhotep.

En Grèce, les temples d’Asclépios, comme celui d’Épidaure, pratiquaient l' »enkôimisis » ou incubation onirique, où les patients dormaient dans le sanctuaire pour recevoir des rêves de guérison, interprétés ensuite par des prêtres.

Ces pratiques anciennes mettaient déjà en jeu des éléments clés de l’hypnose, tels que la focalisation attentionnelle, la dissociation sensorielle et la suggestibilité accrue, bien que leur compréhension fût ancrée dans le symbolique et le sacré plutôt que dans une explication neurophysiologique.

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2. Qui était Franz Anton Mesmer et quelle a été son influence sur le développement de l’hypnose ?

Franz Anton Mesmer (1734-1815) est une figure majeure dans l’histoire de l’hypnose, bien qu’il ait postulé l’existence d’un « fluide magnétique universel » plutôt que de l’hypnose telle que nous la connaissons aujourd’hui. Médecin souabe, il a développé la théorie du « magnétisme animal » dans les années 1770, affirmant que des passes et l’utilisation d’aimants pouvaient influencer ce fluide pour guérir les maladies.

Ses séances collectives, souvent théâtrales avec musique et lumières tamisées, pouvaient induire des « crises magnétiques » (secousses, larmes, rires) considérées comme cathartiques.

Bien que sa théorie du fluide ait été discréditée par la Commission Franklin en 1784, qui a conclu que les effets dépendaient de l’imagination, Mesmer a introduit l’idée qu’un processus invisible pouvait produire un changement tangible. Ses disciples, notamment le marquis de Puységur et d’Hénin de Cuvillers, ont commencé à transformer l’idée du fluide en suggestion psychique, posant ainsi les bases de la science hypnotique moderne.

Source: Wikipédia

3. Comment le marquis de Puységur et l’Abbé Faria ont-ils fait évoluer la compréhension du magnétisme animal vers la suggestion ?

Le marquis de Puységur (1751-1825), élève de Mesmer, a découvert en 1784 l’état qu’il a nommé « somnambulisme magnétique ».

Contrairement aux crises violentes observées par Mesmer, ses sujets, comme le paysan Victor Race, entraient dans un état calme, conversationnel, avec amnésie post-transe.

Puységur a ainsi mis en évidence la communication idéomotrice et la notion de rapport, où le sujet n’obéit qu’à la voix du magnétiseur, et a intuite l’importance de l’intention thérapeutique (« il suffit de vouloir faire du bien »).

L’Abbé José Custódio de Faria (1756-1819), quant à lui, a rejeté complètement l’idée du fluide, démontrant qu’un simple ordre direct comme « Dormez ! » suffisait à induire l’état. Il a souligné le rôle crucial de la conviction intérieure du sujet, anticipant le concept d’auto-suggestion et s’alignant sur les conclusions de la Commission Franklin sur le rôle de l’imagination.

Ces deux figures ont ainsi contribué de manière significative à déplacer l’explication des phénomènes observés du plan fluidique au plan psychologique, ouvrant la voie à la théorie de la suggestion.

4. Quelle a été la contribution de James Braid à la naissance de l’hypnose moderne et comment a-t-il nommé cette pratique ?

James Braid (1795-1860), chirurgien écossais, est considéré comme le fondateur de l’hypnose moderne. En 1843, il a publié « Neurypnology », où il a forgé le terme « hypnotism » (« sommeil nerveux »).

Braid a étudié les phénomènes du magnétisme animal et a proposé une explication neuro-physiologique plutôt que fluidique. Il a observé qu’une fixation prolongée du regard entraînait une fatigue oculaire, une réduction du clignement et une inhibition corticale, conduisant à un état de concentration interne qu’il a nommé « sommeil nerveux » (hypnose).

Bien que le terme « hypnose » ait déjà été utilisé par d’Hénin de Cuvillers en 1819, Braid l’a popularisé et l’a associé à une explication basée sur des processus physiologiques, marquant ainsi une rupture épistémologique majeure avec le magnétisme animal. Sa méthode d’induction par fixation oculaire reste une base pour de nombreuses techniques d’induction « eye lock » contemporaines.

James Braid (source: Wikipédia)

5. Quel a été l’impact de la « querelle Salpêtrière-Nancy » sur la compréhension de l’hypnose ?

La « querelle Salpêtrière-Nancy » qui a opposé Jean-Martin Charcot (École de la Salpêtrière à Paris) et Hippolyte Bernheim (École de Nancy) à la fin du XIXe siècle a été un moment décisif dans l’histoire de l’hypnose.

Charcot, neurologue renommé, considérait l’hypnose comme un état pathologique propre à l’hystérie, qu’il étudiait de manière expérimentale en trois phases distinctes (léthargie, catalepsie, somnambulisme). Il utilisait l’hypnose pour comprendre les paralysies hystériques et distinguer les lésions « dynamiques fonctionnelles » des lésions organiques, mais pas dans un but thérapeutique.

Bernheim, au contraire, soutenait que l’hypnose était un état accessible à tous, produit par la suggestion et utile à des fins thérapeutiques. Il a finalement réduit l’hypnose à la seule suggestibilité, affirmant qu’il n’y avait pas d’hypnotisme sans suggestion.

Cette polémique, bien que parfois acerbe, a établi le primat de la suggestion sur la physiologie pure comme explication des phénomènes hypnotiques et a préparé le terrain pour une approche plus psychologique et thérapeutique de l’hypnose.

6. Comment des figures comme Milton Erickson et Dave Elman ont-elles façonné l’hypnose thérapeutique au XXe siècle ?

Le XXe siècle a vu l’émergence de figures marquantes qui ont considérablement influencé la pratique thérapeutique de l’hypnose.

Milton Erickson (1901-1980), psychiatre américain, a développé une approche non directive de l’hypnose, centrée sur l’utilisation stratégique des ressources internes du sujet. Son style, caractérisé par l’usage de métaphores, la confusion intentionnelle et l’adaptation au comportement spontané du patient, a eu un impact majeur sur la PNL et les thérapies brèves.

Dave Elman (1900-1967), animateur radio, a formalisé une méthode d’induction rapide (en moins de 4 minutes), toujours utilisée aujourd’hui, notamment en anesthésie. Son approche, plus directe, visait à contourner le « facteur critique » (la capacité d’analyse consciente) pour rendre le sujet plus réceptif aux suggestions. Elman est considéré comme l’un des premiers à avoir largement formé des médecins et dentistes à l’utilisation médicale de l’hypnose pour l’anesthésie.

Ces deux praticiens ont contribué à moderniser et diversifier les techniques hypnotiques, en les adaptant à des contextes cliniques variés et en mettant l’accent sur l’efficacité et la participation active du patient.

7. Comment les neurosciences contemporaines éclairent-elles les mécanismes de l’hypnose ?

Les neurosciences contemporaines, grâce à des techniques comme l’IRM fonctionnelle et l’EEG haute densité, apportent un éclairage scientifique sur les mécanismes de l’hypnose.

Elles montrent notamment un découplage entre le cortex préfrontal dorsolatéral (associé à la méta-conscience) et le précunéus, suggérant une diminution de la conscience de soi et une focalisation attentionnelle accrue pendant l’état hypnotique.

L’activation sélective du cortex cingulaire antérieur est observée pendant l’analgésie hypnotique, confirmant la capacité de l’hypnose à moduler la perception de la douleur.

Des changements dans le système nerveux autonome, comme une diminution de l’activité sympathique et une augmentation du tonus vagal, expliquent les effets de l’hypnose sur l’anxiété, le sommeil et l’immunomodulation.

De plus, des études sur la connectivité au repos suggèrent que les sujets très hypnotisables présentent des réseaux cérébraux particuliers (réseau par défaut plus intégré, salience network plus efficient), ouvrant la voie à la médecine personnalisée et à la prédiction de la réponse thérapeutique.

8. Quelles sont les applications cliniques actuelles de l’hypnose et sa reconnaissance institutionnelle ?

L’hypnose est aujourd’hui de plus en plus reconnue pour ses applications cliniques, avec des niveaux de preuve variés et croissants.

Elle est particulièrement efficace dans la gestion de la douleur, qu’elle soit aiguë (post-opératoire) ou chronique (fibromyalgie, lombalgie, syndrome du côlon irritable), permettant notamment de réduire la consommation d’opioïdes.

L’hypnose montre également des bénéfices pour l’anxiété (péri-opératoire, stress académique), la dépression légère à modérée, les troubles du sommeil (source: https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1744388125000246) et la performance (sport de haut niveau). Des recherches étudient son application dans le traitement du PTSD et des phénomènes dissociatifs (source: https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10950423/).

Sur le plan institutionnel, l’hypnose gagne en reconnaissance. En France, elle est listée parmi les moyens non médicamenteux pour la douleur et intégrée dans des certifications. Au Royaume-Uni, elle est recommandée par le NICE pour le syndrome du côlon irritable réfractaire. Des organisations professionnelles comme l’APA (Association Américaine de Psychologie) redéfinissent l’hypnose comme un état de conscience modifié et des sociétés européennes d’anesthésie intègrent l’hypnosédation dans leur formation continue.

Le développement de technologies comme la réalité virtuelle (VRH) et le neurofeedback ouvrent également de nouvelles perspectives pour augmenter et individualiser les applications de l’hypnose.

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Jérémy Doyen, Hypnose Orleans

Jérémy Doyen

Je suis praticien en hypnose à Orléans dans le Loiret depuis près de 10 ans (et plus de 1000 personnes accompagnées). J’ai découvert l’hypnose, il y a quelques années au hasard de certaines rencontres. Sa simplicité et son efficacité m’ont immédiatement passionné et je fais maintenant le plus beau métier du monde en accompagnant les personnes vers leurs objectifs avec une spécialisation en Arrêt Tabac.

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