Points Clé d l’article:
- En complément de l’article de Psychology Today
- Apprendre à se réjouir sincèrement du bonheur d’autrui détend la comparaison et la jalousie.
- Pratique hypnotique : ouvrir à la joie, dépasser la culpabilité, tisser du lien.
- Ce n’est pas inné, mais cela s’entraîne et se transforme en séance.
La joie d’autrui, ce grand défi discret
Imaginez : un collègue obtient la promotion que vous visiez. Un ami s’extasie sur sa nouvelle passion. Votre voisin rayonne depuis qu’il s’est mis au yoga ou qu’il a refait sa vie. Intense ou banal, leur bonheur se faufile jusque chez vous… mais que faire de ce sentiment ? Sourire poliment, intérioriser un pincement ou, pire, s’en vouloir de ne pas pouvoir être heureux pour eux ?
Si ce malaise vous parle, sachez une chose : il est beaucoup plus courant qu’on ne le croit. Se réjouir sincèrement du bonheur d’autrui n’est ni inné, ni automatique. Ça, c’est le mythe. La réalité, plus nuancée, plus humaine, c’est que cela s’apprend, se cultive, se transforme. Dans cet article inspiré par Psychology Today, on explore ce travail intérieur, et comment l’hypnose s’invite dans ce laboratoire de la joie partagée.
La mécanique intime de l’envie et de la comparaison
Dans de nombreux accompagnements, surgit la même remarque : “Je culpabilise dès que je ressens de la jalousie ou un petit pic d’envie.” Et pourtant, ce réflexe est incroyablement humain ! Devant le bonheur de l’autre, beaucoup constatent qu’ils savent parfaitement s’auto-flageller (« Je devrais être content pour lui… Qu’est-ce qui cloche chez moi ? »), mais qu’ils ont perdu l’accès à une joie simple, légère, désintéressée.
Dans son article, Jennifer Taitz rappelle ce paradoxe : nous ferions mieux pour nous-mêmes et pour nos relations si nous savions sincèrement célébrer la joie des autres. Ce n’est pas de l’altruisme naïf, c’est du bon sens émotionnel : la jalousie chronique, la comparaison, ou l’auto-dénigrement coupent nos élans, isolent, font bouillir la marmite des regrets silencieux.
Là, la science du cerveau corrobore ce que ressentent tant de clients en séance. Les circuits neuronaux de la récompense s’activent non seulement quand nous sommes l’objet de la réussite, mais aussi lorsque nous partageons sincèrement la joie d’un autre… à condition d’être réellement relié à l’expérience.
Pourquoi la joie de l’autre gêne (parfois)
La société nous souffle un drôle de vent : “Réussis. Brille. Fais mieux qu’hier, et surtout mieux que les autres.” En filigrane s’installe la croyance que tout est à gagner, ou à perdre. Si l’autre obtient une part de gâteau, alors forcément il y en a moins pour moi… Ce “biais de rareté” façonne une cartographie émotionnelle de plus en plus aride : la victoire du voisin devient ma défaite, le bonheur de la meilleure amie une façon de souligner mon propre manque.
À l’inverse, apprendre à accueillir la joie d’autrui, c’est rouvrir l’espace à ce qui relie, fertiliser un sol intérieur asséché. C’est une posture active : prendre le temps de ressentir la résonance, de s’en inspirer, plutôt que de laisser l’envie dévorer ou la culpabilité refermer.
Ce que l’hypnose observe, ce que l’hypnose travaille
Quand une cliente commence un accompagnement et confie : “Moi, je n’arrive pas à me réjouir quand les autres sont heureux…”, le réflexe traditionnel serait de chercher le “pourquoi”. Pourtant, le travail hypnotique regarde au “comment”, à la mécanique concrète : comment fait-elle, en elle, pour se refermer ? Quels fils intérieurs tirent sur la jalousie, ou la froideur ? Quels souvenirs laissent une impression d’exclusion ?
Souvent, on découvre des attitudes très apprises : la peur d’être comparée, l’histoire de la fratrie (“Il/elle a toujours eu plus que moi”), la crainte de perdre l’amour si l’on célèbre trop celui des autres. L’hypnose permet de déplier cette mosaïque émotionnelle, parfois subtile, parfois douloureuse, sans la juger.
En séance, cela se traduit par une invitation : revenir, en douceur, à un moment où la joie était partagée, ou aurait pu l’être—puis observer ce que cela réactive. Il s’agit alors moins de “forcer” un ressenti que de remettre du jeu là où il y avait restriction, de déplacer l’angle de vue, de s’autoriser d’autres options face au bonheur d’autrui.
L’entraînement actif à la joie partagée
S’il y a bien un acte radical, c’est celui de s’entraîner à accueillir le bonheur d’un autre… Oui, l’exercer, comme on musclerait une capacité délaissée. Dans la tradition bouddhiste, cela s’appelle la “mudita”, la joie sympathique, qui se cultive tout autant que la compassion. Ce n’est ni se forcer à sourire ni jouer la comédie sociale. C’est ressentir, “en vrai”, la chaleur dans la poitrine ou la douceur du regard quand l’autre s’épanouit.
Voici quelques pistes, tirées de la thérapie et de la pratique hypnotique :
- Repérer les pensées automatiques : “Encore elle… il doit être tellement mieux que moi…” Laisser passer ces jugements, sans s’y accrocher.
- Prendre, en imagination, la place de l’autre. Comment vivrait-il ce moment ? Que pourrait-il souhaiter ?
- S’arrêter sur la sensation physique : que fait, dans mon corps, la joie de l’autre ? Est-ce que j’ai tendance à me crisper, à détourner la tête, à contracter le ventre ?
- En hypnose, proposer cette question intérieure : “Et si moi aussi, j’avais le droit à ce bonheur ?”
Ce travail se fait par étapes. On n’exige pas de soi l’extase, juste une micro-ouverture, la permission d’essayer une autre façon de ressentir. La séance n’est qu’une zone d’essai pour ensuite, dans la vie, transférer ce réflexe neuf : se réjouir, même un instant, pour et avec l’autre.
Retrouver du lien : ce que l’hypnose déploie
Pourquoi tant d’attention à ce geste apparemment simple ? Parce que célébrer la joie d’autrui restaure le lien—avec lui, mais aussi avec soi. Là où il y avait séparation, repli, sentiment d’infériorité, l’exercice de la joie commune “ouvre la porte”. Souvent, derrière la difficulté à accueillir le bonheur de l’autre, il y a une vieille blessure, un sentiment de manque, ou la peur d’être oublié.
L’hypnose, outil du “lâcher-prise conscient”, invite alors à retourner vers ces parts exilées : oser remettre du mouvement, du regard, de la curiosité. Ce n’est pas un coup de baguette magique. Mais, à force d’entraînement, le paysage émotionnel change. On gagne en souplesse intérieure, on nourrit des racines de confiance… et, surtout, on affine la capacité à tisser du lien là où la séparation régnait.
Perspectives pour les thérapeutes et accompagnants
Pour les professionnels de l’accompagnement, cet angle mérite qu’on s’y arrête. Beaucoup de clients n’osent même pas nommer la difficulté à se réjouir pour les autres : ils associent cela à de l’égoïsme, à une faiblesse honteuse.
Notre rôle devient alors d’offrir une zone “sans critiques”, où le simple fait d’explorer ces mouvements de l’âme est permis. Observer sans juger. Repérer les stratégies anciennes, les héritages familiaux, puis ouvrir à de nouveaux essais.
L’hypnose possède cet avantage unique : elle permet d’accéder aux couches profondes, de retrouver des souvenirs sensoriels liés à la joie (ou à sa privation), et d’amorcer en séance les premières brèches vers la convivialité émotionnelle.
Pour l’accompagnant aussi, cultiver sa propre capacité à se réjouir du bonheur du client—même discret—sert de modèle implicite, d’espace nourrissant et contenant.
Conclusion : La petite aventure de la joie partagée
Ce qui se joue, dans la joie d’autrui, ressemble à une aventure toute simple, mais profondément subversive : dire oui à l’élan vital de l’autre, sans y perdre le sien. S’entraîner, séance après séance, à la permission d’une joie qui circule. Car au final, ce qui relie n’est pas ce que l’on possède, mais bien ce que l’on sait célébrer.
Oser avouer que la joie de l’autre gêne parfois, c’est déjà renouer avec un chemin plus doux, plus vivant. Le travail hypnotique, lui, n’est qu’un starter : la grande aventure commence, comme toujours, dans le réel.
FAQ – Joie d’autrui et hypnose
Pourquoi est-ce si difficile de se réjouir sincèrement pour les autres ?
Parce que la comparaison sociale, l’histoire personnelle et certains messages culturels favorisent l’envie et la peur du manque, empêchant parfois l’accès naturel à la joie partagée.
L’hypnose peut-elle “forcer” à ressentir la joie d’autrui ?
Non, l’hypnose facilite l’exploration sensible et propose de nouvelles options émotionnelles, mais ne force rien. Le changement se construit progressivement, avec respect.
Quels exercices simples pour cultiver cette capacité au quotidien ?
Prendre conscience des pensées d’envie, tester l’empathie (se mettre à la place de l’autre), observer les sensations physiques et, petit à petit, expérimenter la permission d’un début de joie partagée.
Ce travail est-il utile pour les professionnels de l’accompagnement ?
Absolument. Cela permet d’accueillir la complexité humaine, d’offrir une présence non jugeante et d’ouvrir plus largement le champ des possibles pour leurs clients et eux-mêmes.



